NeurosciencesParfum

In-Spirétude #5 – Performances et ambiances olfactives

By 12 août 2018 février 11th, 2019 No Comments

Cette fois-ci, on s’intéresse à l’influence du parfum sur nos performances cognitives. Est-ce qu’une ambiance olfactive particulière peut nous rendre performant ?

Et si vous avez loupé les dernières In-Spirétudes, voici les épisodes précédents :


« Ambient odors associated to failure influence cognitive performance in children. »

On espèrerait tous qu’il y ait une odeur magique, qui nous rende performant et nous guide tout droit vers la réussite. Pour tout vous avouer, il n’y en a pas qu’une…

C’est votre cerveau lui-même qui se conditionne pour réussir, ou, dans le cas contraire, pour échouer. Ici, pas de méthode Coué, mais seulement une étude pour voir si nous sommes conditionnés par notre environnement et ce, par les odeurs. Alors, une odeur peut elle nous faire échouer, ou mieux, nous faire réussir ?

Le Début

Pour commencer, il faut définir un terme important dans cette étude: « l’association d’odeur » ou « associative odour learning ». Il s’agit de la capacité du cerveau à enregistrer une odeur en parallèle d’un contexte, d’une image, d’un mot. C’est tout simplement la manière dont notre mémoire fonctionne (et plus de détails sur la mémoire des odeurs dans l’In-Spirétude #2).

Cet apprentissage commence dès notre plus jeune âge, et se poursuit tout au long de notre vie d’adulte. Nous ressentons et intégrons à notre cerveau chaque nouvelle odeur et la relions à une situation, un moment. Il y a bien alors des odeurs que nous apprécions, et d’autres qui nous dégoûtent, nous rappelant un mauvais souvenir. Ce n’est donc pas seulement une odeur que l’on aime ou non, mais en réalité tout un contexte qui nous est favorable dans le meilleur des cas, ou répulsif dans d’autres. Rappelez-vous que le parfum touche directement nos émotions. Pas étonnant qu’il agisse sur notre plaisir !

Mais, jusqu’où cette association d’odeur peut-elle nous influencer ? Si l’on associe une odeur à une situation d’échec, peut-elle conditionner notre échec futur ?

Le Test

Cette étude a été menée sur des enfants. Pourquoi des enfants? Tout simplement parce que les émotions chez les enfants sont faciles à décrypter. Ils ont également peu “d’expérience olfactive” et nous pouvons plus facilement leur faire sentir de nouvelles odeurs encore jamais associées à un contexte particulier.

En laboratoire, il est bien plus simple d’induire et de mesurer un sentiment négatif fort (de la frustration par exemple) que de mesurer un sentiment positif, plus subjectif. L’objectif était donc de faire vivre un moment de frustration comme l’échec d’une tâche en présence d’une odeur, et ensuite d’en mesurer la répercussion sur la performance.

La mise en scène

Pour cela, le protocole est assez simple. Tous les enfants, 24 garçons et 24 filles, tous autour de 5 ans, sont positionnées devant un jeu. Il s’agit d’un labyrinthe, dans lequel il faut faire sortir une poupée. Ils ont cinq minutes pour faire sortir la poupée, les organisateurs ayant bien pris le soin de boucher toutes les sorties. Il est donc impossible à résoudre, une expérience que l’on peut juger très frustrante pour un enfant de 5 ans! Pendant ces 5 minutes, les chercheurs diffusent une odeur.

Après cette première épreuve, tous les enfants ont le droit à une récréation de 25 minutes. L’objectif est de les distraire: pas d’odeur et pas de règles.

Ensuite, ils forment trois groupes, avec chacun 8 garçons et 8 filles. Ces groupes sont répartis en 3 salles: une salle dans laquelle une odeur différente de l’odeur diffusée lors de l’épreuve du labyrinthe, une salle sans odeur, et une salle avec la même odeur que celle du labyrinthe. Tous les groupes doivent répondre au même test cognitif: 120 dessins d’animaux en noir et blanc. Au milieu de ces animaux se trouvent 40 chiens parmi lesquels 20 sont sans queue. La consigne est d’entourer les chiens sans queue. Le nombre de chiens sans queue entourés moins le nombre de mauvaises réponses donne la “performance” réalisée.

Pendant le test, ils filment également les enfants afin d’interpréter leurs réactions faciales. Elles représentent 3 catégories: émotion négative, émotion neutre et émotion positive. De la même manière, ils enregistrent les réactions verbales et les répartissent dans ces mêmes catégories.

Et si nous concluons ?

Les résultats du test montrent que les enfants étant dans la salle avec la même odeur que celle du labyrinthe ont moins bien réussi le test de plus que 3,57 points sur 20 en moyenne que les autres (salle avec odeur différente ou salle sans odeur). De plus, l’étude des expressions faciales et verbales lors du test démontrent que 81,1% des enfants dans la salle avec la même odeur ont montré une émotion négative.

Enfin, cette étude montre que l’association d’odeur a une influence importante dans les tâches que nous effectuons et peut impacter directement notre réussite, en fonction du contexte cognitif enregistré. Par conséquent c’est une donnée intéressante si l’on prend en compte la mémoire olfactive très résistante au temps, comme nous le rappelle notre cher Proust.

Et en parlant de Proust et de sa Madeleine, ça vous direz de nous raconter la vôtre? Découvrez notre article participatif sur la Madeleine des In-Spirés !